Il y a des jours où l'on a l'impression qu'ils comportent plus de 24 heures tant ils sont chargés.

Hier était un de ces jours.

Le matin fut consacré à boucler la valise de ma plus jeune fille qui allait rejoindre des amis à Narbonne pour passer quelques jours de vacances du côté de Port la Nouvelle.

Donc, derniers repassages, inventaire de tout ce qu'il ne faut pas oublier ...

Puis un saut à la supérette du village pour des achats de dernière minute.

Et on file sur Bordeaux pour prendre le train de midi.

De retour à la maison, j'ai avalé en vitesse quelques tranches de melon, un bout de fromage et un café avant de repartir sur Bordeaux en fourgon avec un ami afin de récupérer des meubles et de la vaisselle pour ma seconde fille qui quitte le nid familial.

En 4 heures, nous avons :

- évité les bouchons des départs en vacances

- emballé 2 services de table en porcelaine

- descendu une table, 6 chaises, un canapé, deux fauteuils, une table basse (2 étages, sans ascenceur, avec escalier en colimaçon)

- chargé la fourgonette

- retourné à la maison décharger la cargaison (le meuble du fond restant à la maison)

- rechargé la fourgonette en y rajoutant des meubles provenant de la maison 

- déchargé le tout chez ma fille (un étage sans ascenceur)

De retour à la maison, poussièreuse, harassée, fourbue, je ne rêvais que de m'affaler sur le canapé en attendant le retour de Jean-Pierre une heure plus tard ...

C'était sans compter sur les incendies entre Nîmes et Lunel ...

Le train venant de Paris, dans lequel se trouvaient les amis devant récupérer ma fille à Narbonne était immobilisé.

Ma fille étant arrivée à Narbonne, je l'ai "prise en charge" par téléphone (vive les portables !) afin qu'elle puisse prendre un train pour Port la Nouvelle, puis un taxi pour se rendre à la location, récupérer les clés, s'installer et repartir en ville pour prévoir un repas de fortune pour le soir, pour elle et ses amis.

Ma fille venait juste d'arriver à bon port lorsque Jean-Pierre est rentré du travail. Ouvrant le frigo, désespéremment vide, il soupira "c'est bien la peine de se débarrasser de nos filles si c'est pour mourir de faim".

On décida donc d'aller grignoter un petit quelque chose vite fait à l'extérieur.

Ayant fait 2 fois l'aller-retour à Bordeaux dans la journée, je proposais de nous diriger plutôt vers Libourne.

Nous nous sommes arrêtés en route, au restaurant italien où nous avions fêté les 18 ans de notre fille (celle en rade à Narbonne) avec l'intention de prendre vite-fait une pizza.

La serveuse proposa de nous installer dans le jardin-terrasse.

Et là, le temps s'est arrêté, la course à la montre suspendue ...

Une cour, au sol recouvert de caillebotis de bois patiné par le temps, un mur recouvert de lierre, un superbe citronnier, des tables en bois exotique ou en fer forgé vert d'eau, des parasols de toile blanche, des buis en pots, des bougies sur les tables, un cyprès s'élevant fièrement vers le ciel, des figurines de terre cuite accrochées au mur de pierres, un réverbère de fer forgé ...

Nous nous installâmes à une table, nichée à l'abri d'un laurier-rose en fleurs, nous dérobant la vue d'une partie des autres tables, toutes largement espacées afin ne pas gêner les convives voisins.

Nous avons commandés des pizzas. Une calzone à la pancetta pour Jean-Pierre et une 4 fromages au pesto maison pour moi. Mais nous avons finalement pris notre temps pour les savourer.

Une douce ambiance, un peu hors du temps ...

Nous avions l'impression d'être ailleurs ... peut-être en Italie ...

Jean-Pierre était en train de commander une crème brûlée à la fleur d'oranger et moi un café gourmand quand surgit dans la cour un petit bout de femme, ressemblant à Macha Méryl, poussant un orgue de Barbarie jaune, un bonnet de cuir rouge surmontant un visage espiègle aux yeux clairs, répondant au nom de Colibri.

Elle s'installa entre les tables, faisant choisir des airs aux uns et aux autres.

Tournant la manivelle, sautillant et interpellant les clients, elle entonnait les chansons les unes après les autres, communiquant sa bonne humeur, laissant les enfants curieux actionner les bandes de cartons perforés ...

Nous n'étions plus en Italie, mais à Paris au début du XXème siècle ...

Je croquais dans un macaron moëlleux sur "l'Amant de Saint Jean", dégustait de la crème brûlée sur "J'ai la mémoire qui flanche" et mon café sur "Salade de Fruits" ...

Nous avons fini par nous extirper de nos chaises ... alors qu'une voix fredonnait "Le jardin extraordinaire" au son d'un limonaire...

Il est des jours qui finissent plus sereinement qu'ils n'ont commencé ...

....

Pas de photos, l'appareil étant resté à la maison.

Encore une occasion où j'ai regretté de ne pas l'avoir fait suivre ... tout comme le soir du 14 juillet ... que je vous raconterais peut-être.

Des nouvelles des amis : A minuit, ils n'étaient toujours pas arrivés à destination. Voyageant en train-auto, ils n'ont pu récupérer leur voiture à Narbonne comme cela aurait du se passer à 16 h et espéraient qu'un taxi affrété par la SNCF les mènent à bon port.

Edit 11 H 15 : En fait, ils ont pu récupérer leur véhicule à Narbonne et sont arrivés à la location à 2 h du matin. Je pense que leurs vacances seront bien méritées !