Nous avons donc passé une soirée délicieuse et nous avons essayé de la prolonger le plus possible ...

Nous avions laissé notre véhicule au Parc Relais de la Buttinière à Lormont et avions relié le centre ville de Bordeaux en tram.

Nous avons quitté le restaurant. Il devait être aux alentours de minuit. Nous continions à discuter dans la ruelle, prenant quelques photos, les hommes nous attendant patiemment, résignés à ne pouvoir nous bouger de là.

Puis nous rejoignîmes la Place de la Bourse pour prendre un tram. Babsy et son mari attendant avec nous, en devisant, profitant du magnifique point de vue que l'on a sur la Rive Droite, le Port de la Lune, le Pont de Pierre, les Quais réaménagés ...

Un tram arriva, mais il affichait "sans voyageurs". Nous décidions donc de nous avancer vers la Porte de Bourgogne pour prendre notre correspondance et nous prîmes congés vers minuit et demi.

Sur place deux trams étaient annoncés sur les panneaux lumineux, à 25 et 40 minutes. Aucun des deux n'allant jusqu'au terminus des lignes, ni même jusqu'à la Buttinière.

Nous nous engageâmes sur le Pont de Pierre d'un pas alerte, mais inutile de vous dire que Jean-Pierre n'arborait pas le plus grand de ses sourires ! Et ce n'était pas le moment de proposer un arrêt pour admirer la vue sur la façade XVIIIème qui longe la Garonne et sur la Place de la Bourse, majestueuses même à cette heure. Et encore moins d'émettre l'envie de prendre une photo !

Je me suis gardée de tout commentaire et nous avons amorcé la remontée de l'Avenue Thiers en vue de rallier le parking qui n'était distant que ... de 4 kms environ.

Place Stalingrad, vide et silencieuse.

Un doute envahit mon esprit, que j'émis doucement :

- Tu crois que le parking sera ouvert à cette heure ?

- Quelle question ! bien sûr ! Il faut bien récupérer les voitures !

- Ah. pourtant il me semblait ...

A hauteur de la station Thiers-Benauge, j'ai senti poindre des brûlures précurseuses d'ampoules sous la plante des pieds. Il est vrai que j'avais des chaussures à lanières et talons compensés, pas spécialement adaptées à une petite marche digestive. Mais je jugeais plus prudent de n'émettre la moindre plainte et pris la décision de continuer pieds nus.

J'avançais donc dans la douceur de la nuit, les sandales à la main, telle une starlette des années 60 sur la Croisette. Sauf que je n'ai rien d'une starlette, qu'il n'y avait aucun paparazzi à l'horizon et que le seul public à ma disposition était mon cher et tendre. Autant dire que je n'ai pas rencontré le succès auquel j'étais en droit d'espérer !

J'ai pu apprécier la relative douceur du bitume, exempt de cailloux pointus et déchets gênants.

A hauteur de Galin, deux policiers contrôlaient un scooter, penchés sur le moteur, lampe électrique à la main, à déchiffrer les numéros moteur.

A hauteur du Pont Saint Emilion, je jetais un oeil sur le parking sur lequel il nous arrivait de garer notre véhicule. Mais tel n'avait pas été notre choix ce soir. Naturellement, je ne fis aucun commentaire.

Près des travaux de la gare de Cenon, je dus remettre mes chaussures vu les gravas jalonnant le bord de la route. Je réfreinais une grimace et continuai à suivre JP, toujours silencieux depuis notre départ.

Il ne nous restait plus que 800 mètres environ à faire : la côte des 4 Pavillons.

En fait, elle n'est pas si terrible que cela à pied. Pour rien au monde je ne l'attaquerai en vélo, mais en prenant la voie de circulation des autos de service, interdite à la circulation, nous avons grimpé tranquillement ces dernièrs hectomètres, les 3 étages du Parc-Relais en point de mire.

De loin, j'aperçus l'accès aux escaliers et ascenceurs ... fermé par un rideau de fer.

Qu'à cela ne tienne me dit Jean-Pierre, on va contourner le bâtiment et entrer par la voie d'accès des véhicules.

Allez, encore quelques mètres en mode "grimpeur".

Je laissais JP approcher la cabine du gardien de nuit, mais je connaissais déjà le résultat. Les voies d'accès étaient fermées, avec de superbes rideaux de fer qui rutilaient dans la nuit.

Je récupérais un mari fataliste qui m'annonça que le parking réouvrait ses portes à 5 h du matin.

Et nous voilà plantés au rond-point situé à la sortie du parc-relais.

Je jetais un oeil sur ma montre. 1 heure 50 du matin.

Je tentais un timide "on fait quoi ?"

- On attend l'ouverture pardi ! Tu veux renter à la maison à pied ?

- Heu .... 20 kms ? non merci. On pourrait aller jusqu'aux urgences de la clinique d'à côté et demander un taxi ?

- Ca va pas non ?

- Bon. Et appeler une des filles pour venir nous chercher ?

- C'est cela ! on va les réveiller en pleine nuit !

- OK Comme tu veux. On est en vacances après tout et il fait bon. Mais quitte à attendre, je préfère être assise. On va redescendre à la station de tram et s'asseoir sur un banc.

Et 50 mètres de plus (en descente cette fois-ci, cela changeait un peu !)

Nous avons squatté le premier banc. Et je me suis installée. Quitte à attendre, autant que ce soit relativement confortablement. J'ai calé mon sac derrière mes reins, ai posé ma tête sur l'épaule de J.P, ai allongé les jambes sur le banc et décidais de sommenoler.

Alors là, mon JP il a gambergé un peu.  J'ai entendu un léger "Appelle-donc Céline" puis après une hésitation "oui, parce que si la police vient à passer, on va se faire embarquer"

Tu parles ! 3 heures à attendre tout seul, cela n'a pas du trop l'enchanter.

Sac. Portable. Numéro de notre fille nouvellement installée. Sonnerie. Messagerie. J'ai raccroché.

Numéro du copain de notre fille nouvellement installée. Sonnerie. Céline qui décroche.

"Maman ? heu ... tu as vu l'heure ? il est deux heures"

"Oui ma chérie. Tu dormais ?"

"Non, nous sommes chez des amis, à Saint Louis de Montferrand. On allait attaquer un Monopoly"

En deux mots j'explique notre situation. Un grand éclat de rire me perce les tympans. Elle s'étrangle en racontant notre mésaventure autour d'elle (faudra que je revois mon éducation : et la charité ? hein ? pfff).

Finalement, elle nous a envoyé notre gendre. Il a eu comme consigne de ne faire aucune remarque, mais il a eu du mal à dissimuler un petit sourire narquois.

Nous avons finalement retrouvé nos pénates peu avant 3 heures.

En se couchant, Jean-Pierre commençait à gromeler. Je me suis redressée : "Dis-donc, si cela était arrivé à des amis, tu n'aurais pas été plié de rire ?" Un "oui" dans un souffle fut sa seule réponse, avant de partir dans un éclat de rire !

C'était pas tout, le lendemain, il nous fallut récupérer la voiture.

Une petite ballade en scooter pour rallier le parking. Un mot sur le pare-brise indiquant qu'il était interdit de laisser la voiture pendant la nuit et donc une amende à régler pour récupérer le véhicule. Je m'excusais auprès de l'agent de contrôle sur notre non-intention délibérée et à l'énoncé de notre marche nocturne, je vis sa mine ahurie et entendis un "allez, c'est bon, passez" !

Mais .... je ferais pas cela tous les jours !

patatafrita

J'en aurai presque oublié de vous montrer ce que Patatafrita nous a ramené ...

des mostachones (gros macarons), de l'huile d'olive, de l'encre de calamar et des recettes ... charentaises !